Sonates de Mozart
Vous pouvez écouter ici une sélection de Sonates de Mozart interprétées par Michèle Boegner. Ces enregistrements, tout comme les textes introductifs qui les accompagnent, sont extraits du coffret “Wolfgang Amadeus Mozart , Intégrale des Sonates pour Piano par Michèle Boegner” (Discophiles Français, 2010).
Sonate pour piano n° 1 en Do majeur, K. 279
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Sonate pour piano n° 2 en Fa majeur, K. 280
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Sonate pour piano n° 3 en Si Bémol majeur, K. 281
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Sonate pour piano n° 4 en Mi bémol majeur, K. 282
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Sonate pour piano n° 5 en Sol majeur, K. 283
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Sonate pour piano n° 6 en Ré majeur, K. 284
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Sonate pour piano n° 7 en Do majeur, K. 309
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Un mot de l'interprète
Cette Intégrale des 18 sonates pour piano de Mozart (et de la Fantaisie en do mineur KV 475) enregistrée en juillet 2009, constitue aussi un regard en arrière. Un regard nourri de l’expérience d’une longue carrière où Mozart a joué un rôle déterminant.
Au-delà de l’interprétation, la personne même de Mozart ne semblait pas loin. Mais jusqu’où étais-je capable de le suivre ? C’est du haut d’une première estrade que j’ai découvert, à l’âge de huit ans, la joie de communiquer avec un auditoire. C’était au travers de la Fantaisie en ré mineur KV 397. Muée en vocation pour une vie, cette révélation m’a placée devant la quête de la vérité mozartienne.
La force de cette vérité ne s’est jamais démentie, avec le temps elle s’est imposée comme une évidence. Le spécialiste mozartien H.C. Robbins Landon a trouvé des mots justes: ’Mozart est partout. Il domine tout. Parce que Mozart, c’est l’émotion, l’intelligence, le bonheur, la tristesse de la condition humaine’. Autant l’on s’émerveille devant le génie créateur de Mozart, autant l’interprète est également fasciné par le phénomène de l’enfant prodige, étonnant improvisateur au pianoforte et déjà excellent violoniste. Ce deuxième aspect de Mozart a interpellé mon imagination de mère.
Avec ou sans perruque, comment était-il enfant ?
Mon fils aîné m’a gratifiée d’une série d’esquisses du très jeune Mozart et d’un dessin de l’immeuble de la Domgasse à Vienne où, adulte, il a vécu avec Constance au premier étage, de 1784 à 1787.
Ces traits de plume et de crayon invitent à entrer dans ce monde mozartien où enfance et maturité n’ont cessé de s’inspirer l’une de l’autre.
Michèle Boegner,
Paris, Janvier 2010
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Wolfgang Amadeus Mozart,
Intégrale des Sonates pour piano
Par Marc VIGNAL
( Introduction du livret de l´Intégrale).
On s’étonne que les premières des dix-huit sonates pour clavecin ou pianoforte seul de Mozart ne datent que de ses dix-neuf ans, à savoir du début de 1775, alors que dès son plus jeune âge il était reconnu comme virtuose du clavier. Pourquoi attendit-il si longtemps ? Au moins deux réponses sont possibles, qui l’une et l’autre relativisent la question. La première est qu’en France, en Angleterre et en Hollande, où Mozart enfant séjourna, faisait rage la sonate pour clavier avec accompagnement de violon, ce qui n’était pas le cas dans l‘orbite de Vienne. Dès 1765, Mozart en avait officiellement seize à son actif : KV 6-15 et 26-31, écrites à Paris, Londres et La Haye. La seconde est qu’en toute probabilité, quatre sonates pour clavier seul de 1766 (KV 33d-g), et peut-être une cinquième, sont perdues.
La sonate pour clavier seul au sens moderne, apparue au début du XVIIIe siècle, finit par supplanter l’ancienne suite (ou partita). La suite pouvait à la rigueur comporter un nombre infini de mouvements de danse ou assimilés, tous dans la même tonalité mais faisant volontiers alterner le majeur et le mineur. La sonate en réduit le nombre, en général à trois mais parfois à deux ou à quatre, ne conservant comme mouvement de danse pratiquement que le menuet, et attribue au mouvement central, surtout quand il est de tempo lent, une tonalité différente de celle des deux autres : en principe la dominante, la sous-dominante ou le relatif mineur. Toutes les sonates de Mozart sont en trois mouvements, alors que plusieurs de celles de Haydn (et plus tard de Beethoven) se limitent à deux. Celles de Beethoven en ont volontiers quatre, du moins au début, jusqu’aux opus 31 n°1 et 3 (1802), les opus 106 et 110 constituant des exceptions.
Le premier grand compositeur dans la production duquel la sonate pour clavier (plus ou moins telle qu’elle vient d’être décrite) occupe une position centrale est Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), le Bach de Berlin et de Hambourg, un Allemand du nord donc. Il commença à en composer dès 1731, et son premier recueil publié, les six Sonates prussiennes, parut à Nuremberg en 1742 ou 1743. De dix-huit ans son cadet, Joseph Haydn (1732-1809) était au contraire un Allemand du sud, un Viennois. Ses premières impressions musicales furent viennoises, et à Vienne étaient actifs, à coté d’un Georg Christoph Wagenseil (1715-1777) ou d’un Joseph Anton Steffan (1726-1797), de nombreux compositeurs italiens.
Les premières sonates de Haydn sont des années 1750. En 1774, il en avait composé près de quarante dont certaines, à partir du milieu des années 1760, influencées par Carl Philipp Emanuel Bach. Mozart connaissait ce répertoire, mais les sources de son écriture pour clavier sont plutôt à rechercher ailleurs : chez Johann Christian Bach (1735-1782), pour son mariage des styles italien et allemand, et chez des Allemands installés à Paris comme Johann Gottfried Eckard (1735-1809) et surtout Johann Schobert (v.1735-1767), ce dernier pour son usage de tonalités mineures et ses atmosphères poétiques rares.
Au début de 1775, Mozart était à Munich pour y faire représenter son opéra La finta giardiniera KV 196, ce qui eut lieu le 13 janvier. On estime que c’est dans la capitale bavaroise, entre le 14 janvier et le 6 mars, qu’il composa les six sonates KV 279-284, pour se faire connaî- tre comme compositeur et pour les interpréter lui-même, car contrairement à Haydn, il se produisait comme virtuose du piano. En septem- bre-novembre 1777, il devait rejouer « par cœur » à Munich, Augsbourg et Mannheim ces six œuvres estimées par lui « difficiles ». Pour ce groupe, dont tous les autographes ont survécu, il s’inspira peut-être en partie des six « Sonates Esterhazy » n°36-41 (Hob.XVI.21-26) compo- sées par Haydn en 1773 et publiées à Vienne l’année suivante. Reste que l’écriture pianistique de Haydn et celle de Mozart sont des plus différentes.
Jusqu’à ce séjour à Munich, il n’existe aucun document indiquant que Mozart, en public ou en privé, ait joué d’un autre instrument à clavier que le clavecin (par opposition au pianoforte, l’orgue n’entrant pas en ligne de compte). Les sonates « de Munich » n’en sont pas moins parfaitement adaptées au pianoforte, et il n’est pas exclu que Mozart ait eu cet instrument en tête : en témoignent leurs nombreuses indications de nuances.
En outre, Christian Friedrich Daniel Schubart (1739- 1791) écrivit en avril 1775 dans sa Deutsche Chronik : « L’hiver dernier à Munich, j’ai entendu deux des plus grands virtuoses du clavier, M. Mozart et le Capt. Von Beecke ; mon hôte, M. Albert... possède chez lui un excellent pianoforte. C’est là que j’ai entendu ces deux géants se mesurer au clavier. » La succession des tonalités dans les six sonates obéit à une logique certaine : à partir d’ut, trois passages à la sous-do- minante (jusqu’à mi bémol) puis deux à la dominante (jusqu’à ré). Comme souvent, le cycle s’ouvre par la sonate la plus « facile » et se termine par la plus « difficile », la plus virtuose.